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Fantasmagorie glacée

Gravure de Dany Morel

Je me suis toujours demandé quel goût pouvait avoir la glace au fantôme. A-t-elle une saveur particulière en fonction du vivant qu’ils étaient, ou ont-ils le goût du drap ?

Et dans ce cas, est-ce un arôme de drap propre ? Propre des odeurs chimiques de lessive et adoucissant ou propre au naturel ? Mais le propre du propre est de n’avoir ni odeur ni saveur… Nous voilà dans de beaux draps !

Et si les fantômes sont dans de sales draps, fini la discrétion. Partout où ils passeront ils laisseront des effluves nauséabondes, des relents de notre propre crasse. Ils charrieront des particules d’essence non essentielle, s’imbiberont de gouttelettes de pluie polluée, jauniront au contact de la fumée. Et bientôt les fantômes seront moins les témoins intangibles des trépassés que la révélation de la saleté ambiante. Ils nous apparaîtront, formes mouvantes et noires, les yeux écarquillés de se voir matérialiser, se secouant pour chasser l’odeur et la propageant encore plus. Ils nous révéleront la noirceur de l’air que nous respirons, qui s’introduit dans nos bouches et se colle à nos papilles, se glisse dans nos poumons, nous sort pas le nez ; Tout habitant de grande ville a d’ailleurs déjà pu constater la noirceur de son mucus nasal quand il se mouche.

Je me dis alors que le fantôme des villes a le goût de la réglisse et celui des campagnes, le goût d’un yaourt fermier. Vous prendrez votre glace en pot ou en cornet ?

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